magnésium et trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité

TDAH

 

Le trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) est un trouble qui touche 3,5% à 5,6% des enfants d’âge scolaire en France, prévalence équivalente aux autres pays [1]. On en parle surtout pour les enfants, mais il est présent également chez l’adulte car dans 65% des cas le trouble persiste [2].

 

Il existe différents « troubles de déficit de l’attention », définis selon les symptômes (inattention, impulsivité et plus ou moins d’hyperactivité). On distingue 3 sous-types :

 

  • Type 1 : hyperactif-impulsif dominant (TDAH)
  • Type 2 : inattentif (TDA).
  • Type 3 : mixte (TDAH mixte).

 

 

A noter que l’on peut trouver une autre classification en 7 sous-types, selon Amen [3].

 

Le magnésium va être d’une grande aide, notamment au niveau comportemental, en raison de son action bénéfique sur le stress et l’anxiété, ce que nous allons voir.

 

Prendre du magnésium ?

 

Ce minéral est couramment employé comme traitement alternatif ou complémentaire aux médicaments classiques (méthylphénidate, dérivé d’amphétamine). Mais s’il n’existe pas de recommandation officielle à ce sujet c’est certainement à cause d’une confusion quant à son rôle et son intérêt dans ce trouble. Quantifier le statut en magnésium du sujet (déficit, carence ou non) est aussi un problème. Les publications scientifiques, notamment les revues systématiques de la littérature, concluent à un manque de preuve scientifique [3,4]. Mais nous allons voir pourquoi il existe une confusion, et qu’il est en réalité très utile. Il existe aussi différents paramètres à prendre en compte pour le choix de tel ou tel produit à base de magnésium.

 

                                                                                                       

Magnésium et TDAH : les différentes confusions

 

Magnésium et alimentation :

Couvrir ses besoins en magnésium par l’alimentation est techniquement possible. Il faut alors consommer très largement fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes et oléagineux. Seulement voilà, peu de personnes et encore moins d’enfants y parviennent. Les légumes secs sont tombés aux oubliettes, les produits céréaliers sont raffinés, la consommation de fruits et légumes est insuffisante et celle des oléagineux n’est pas généralisée. Bien sûr changer et améliorer son alimentation est un enjeu important, mais il est faut savoir que le déficit est possible même en couvrant les apports journaliers recommandés (pertes supérieures aux apports).

 

Magnésium et anxiété :

En cas de stress, conjointement à l’élévation de l’adrénaline, le magnésium sort de la cellule pour ensuite être excrété dans les urines. C’est ainsi que tout stress augmente les pertes en magnésium. Le stress chronique entraîne donc des déficits en magnésium conséquents. Or ces déficits rendent plus sensible au stress. Cette sensibilité entraîne de plus grands stress, qui continuent d’épuiser le magnésium, et ainsi de suite. Un véritable cercle vicieux s’installe… Même avec la meilleure alimentation du monde un individu sur-stressé épuise son magnésium.

 

Statut en magnésium :

Il y a ici aussi une grande confusion. Evaluer le statut en magnésium d’un individu se fait plutôt selon le tableau clinique (signes caractéristiques comme les crampes, le tressautement des paupières, les fourmis au bout des membres, la fatigue, la sensibilité au stress et les troubles du sommeil). Vérifier le statut en magnésium grâce à une prise de sang est bien plus délicat. La première chose à savoir est que le doser dans le sérum n’est absolument pas fiable. En effet le taux est maintenu constant dans le sang grâce à un relargage à partir du tissu osseux [6]. Le taux de magnésium dans le sang ne reflète pas le taux de magnésium dans les cellules ! Ceci a dû échapper à certains chercheurs qui ont conclu que les enfants TDAH n’avaient pas de manque de magnésium [7], tout simplement parce que ce n’était pas ce qu’il fallait doser ! Pourtant une étude publiée en 1997 dans Magnesium Research avait montré que 95% des enfants TDAH présentaient un déficit en magnésium (77,6% avec une évaluation dans les cheveux, 58,6% avec une évaluation dans les globules rouges et 33,6% avec un dosage sérique) [8]. Alors les prises de sang sont inutiles ? Pas vraiment car on peut doser le magnésium érythrocytaire (dans les globules rouges), qui donne une idée du statut en magnésium dans les autres cellules (extrapolation). Mais généralement le tableau clinique suffit pour la décision d’une complémentation en magnésium par le praticien.

 

 

 

Alors du magnésium en cas de TDAH ?

 

Oui le magnésium peut tout à fait, et devrait, trouver sa place dans l’arsenal thérapeutique naturel du TDAH. D’ailleurs une étude (810 enfants âgés de 5 à 12 ans) a montré qu’une complémentation en acides gras polyinsaturés (acides gras oméga-6 GLA et oméga-3 à longue chaîne EPA et DHA) en zinc et en magnésium, a montré en 12 semaines seulement une réduction considérable des symptômes de TDAH et d’impulsivité, évalués à l’aide du questionnaire SNAP-IV [9]. Le magnésium est donc une pièce du puzzle, parmi les autres nutriments possiblement déficients.

Mais il faut bien comprendre le rôle du magnésium. Un déficit augmente l’hyperexcitabilité, que ce soit au niveau musculaire ou que ce soit au niveau neuronal. Le magnésium est donc particulièrement important quand il y a de l’hyperactivité, de l’agitation, de l’anxiété et une forte sensibilité au stress. Par exemple les travaux du Dr Mousain-Bosc et collaborateurs ont montré qu’un traitement de 8 semaines à base de magnésium et de vitamine B6 chez des enfants TDAH améliore très significativement les symptômes comme l’hyperactivité, l’hyperémotivité, l’agressivité, ainsi que l’attention à l’école [10]. Ces travaux ont aussi montré que le taux de magnésium érythrocytaire (dans les globules rouges) était abaissé chez les enfants TDAH comparativement au groupe contrôle. Par ailleurs les symptômes sont réapparus quelques semaines après l’arrêt du traitement par magnésium + B6, conjointement à la nouvelle baisse du magnésium érythrocytaire…

 

 

La formulation des produits de magnésium

 

Il existe de très nombreux produits à base de magnésium. Différents dosages, sels de magnésium, toutes sortes de formes galéniques (comprimés, gélules, poudres, ampoules, etc.)… Au-delà de la forme que revêt le produit, c’est en premier lieu le sel de magnésium dont il faut se soucier. En effet, selon ce dernier, la tolérance intestinale ainsi que la biodisponibilité peuvent grandement varier. D’autre part tous les magnésiums n’ont le même effet sur le système nerveux : alors que l’aspartate peut avoir un effet excitant, le citrate augmente la sensibilité des récepteurs au GABA et procure donc un effet très relaxant. Voici les principaux sels de magnésium, leur degré de tolérance intestinale, leur biodisponibilité, leurs avantages et inconvénients :

                                                                                          

Sels de magnésium

Tolérance intestinale

Biodisponibilité

Avantages

Inconvénients

Sulfate

Très mauvaise

Faible

Aucun, si ce n’est faire une purge

Sel médiocre

 

Chlorure

 

Mauvaise

Moyenne

/

Acidifiant

Oxyde (marin)

Moyenne

Faible

Naturel, mais ce n’est pas un bon critère

/

 

Carbonate

 

Bonne

Médiocre

Alcalinisant

Mal absorbé

Lactate

Bonne

Très bonne

/

/

Aspartate

Bonne

Très bonne

/

Sous forme méthylée l’acide aspartique agit comme un neurotransmetteur excitateur ! A éviter en cas de TDAH…

Pidolate

Bonne

Très bonne

/

Le pidolate ou acide pyroglutamique peut interagir avec les récepteurs au   glutamate (excitateur…)

Malate

Très bonne

Excellente

Serait utile pour la détox de l’aluminium

/

Citrate

Bonne

Excellente

Alcalinisant. Les citrates améliorent la sensibilité des récepteurs au GABA

/

Glycérophosphate

Excellente

Excellente

Liposoluble

Acidifiant (phosphore)

Bisglycinate

Excellente

Excellente

Aminochélaté

/

Acétyl-taurinate

(AtaMg®)

Excellente

Excellente

Excellente pénétration dans les membranes cellulaires (notamment neurones)

Contient peu de magnésium par rapport à la taurine, mais il est souvent associé à un autre sel de magnésium, donc ne pose pas de problème

Thréonate

Excellente

Excellente

Passe dans le liquide céphalorachidien

Coût vraiment très élevé

 

 

Taurine et vitamine B6

 

Contrairement à une idée reçue la taurine n’est pas un excitant mais au contraire un « calmant ». Elle a un effet similaire au GABA [12], un neurotransmetteur inhibiteur (qui favorise la relaxation). D’autre part elle permet une meilleure rétention intracellulaire du magnésium.

Un autre micronutriment que l’on peut retrouver dans les formulations de produits à base de magnésium est la vitamine B6. Elle permet de mieux faire pénétrer le magnésium dans la cellule et agit également au niveau des neurotransmetteurs. Tout ceci paraît très bien mais il y a un hic… Dans plusieurs produits disponibles sur le marché (en pharmacie) il y a trop, vraiment trop de B6, d’où des effets neurotoxiques. On trouve des produits dosés à 10mg de B6 par comprimé et 40mg par ampoule, ce qui mène les quantités journalières consommées à 40mg voire 120mg, alors que la dose maximale tolérable est de 25mg/jour pour un adulte [11] ! Cette surdose de B6 peut causer des engourdissements et fourmillements (paresthésies), des douleurs osseuses et de la faiblesse musculaire [13]Tous les produits ayant le statut de complément alimentaire respectent ces doses, mais ce n’est pas le cas de quelques médicaments à base de magnésium  (législation du médicament et non des aliments et des compléments alimentaires – un médicament a le droit d’être toxique !). Voici donc les doses à ne pas dépasser en vitamine B6 [11] :

 

Age

Dose maximale tolérable (mg/jour)

1-3

5

4-6

7

7-10

10

11-14

15

15-17

20

Adultes

25

 

Ce sont finalement les produits anciens et vendus en pharmacie qui présentent ce problème d’excès de B6, et pas les compléments alimentaires (législation différente).

 

Quelles doses de magnésium utiliser ?

 

Généralement on supplémente à hauteur de 6mg/kg/jour. Cependant dans le TDAH on peut aller jusqu’à 10mg/kg/jour. Quant à la vitamine B6 un ou deux milligrammes (par jour) suffisent.

 

De l’arginine ?

 

Un autre élément que l’on peut retrouver dans certaines formulations est l’acide aminé L-arginine. Il a été démontré que l’arginine réduit le cortisol (hormone du stress) quand celui-ci est trop élevé dans des conditions d’anxiété [13]. Etant donné que les individus TDAH sont sous stress chronique, avec une possible hausse du cortisol, l’ajout d’arginine paraît être une bonne idée.

 

Conclusion

 

Le magnésium semble être un outil à ne vraiment pas négliger en cas de TDAH. Il faut par contre le considérer comme un élément traitant le versant « H » du « TDA ». Même si la plupart des études concluent par la phrase sacro-sainte « d’autres études sont requises… », il paraît cohérent de l’essayer, d’autant qu’il ne présente pas de toxicité. Néanmoins la formulation du produit reste critique : le choix du sel, la quantité de vitamine B6, la présence d’autres facteurs, sont des éléments à prendre nécessairement en compte afin d’obtenir le résultat escompté. Ma préférence va à CogniMag, dont la formulation tient compte de tous ces éléments.

 

Références

 

1.    Lecendreux M, Konofal E, Faraone SV. Prevalence of attention deficit hyperactivity disorder and associated features among children in France. Journal Of Attention Disorders 2011;15(6):516-24.

2.    Faraone SV, Biedermeman, Mick E. The age-dependent decline of attention deficit hyperactivity disorder: a meta-analysis of follow-up studies. Psychol Med 2006;36(2):159-65.

3.    Amen DG. Healing ADD: The breakthrough Program that allows You to See and Heal the 7 Types of ADD. 2013 Berkley Books New York.

4.    Ghanizadeh A. A systematic review of magnesium therapy for treating attention deficithyperactivity disorder. Arch Iran Med 2013 Jul;16(7):412-7.

5.    Hariri M, Azadbakht L. Magnesium, Iron, and Zinc Supplementation for the Treatment of Attention Deficit HyperactivityDisorder: A Systematic Review on the Recent Literature. Int J Prev Med 2015 Sep 2;6:83.

6.    Tarasov EA, Blinov DV, Zimovina UV, Sandakova EA. Magnesium deficiency and stress: Issues of their relationship, diagnostic tests, and approaches to therapy. Ter Arkh 2015;87(9):114-22.

7.    Irmisch G, Thome J, Reis O, Hässler F, Weirich S. Modified magnesium and lipoproteins in children with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD). World J Biol Psychiatry. 2011 Sep;12 Suppl 1:63-5.

8.    Kozielec T1, Starobrat-Hermelin B. Assessment of magnesium levels in children with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD). Magnes Res. 1997 Jun;10(2):143-8.

9.    Huss M, Völp A, Stauss-Grabo M. Supplementation of polyunsaturated fatty acids, magnesium and zinc in children seeking medical advice for attention-deficit/hyperactivity problems - an observational cohort study. Lipids Health Dis 2010 Sep 24;9:105.

10. Mousain-Bosc M, Roche M, Polge A, Pradal-Prat D, Rapin J, Bali JP. Improvement of neurobehavioral disorders in children supplemented withmagnesium-vitamin B6. I. Attention deficit hyperactivity disorders. Magnes Res 2006 Mar;19(1):46-52.

11. Scientific Committee on Food. Scientific Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies. Tolerable upper intake levels for vitamins and minerals. Feb 2006 EFSA.

12.    Ripps H, Shen W. Review: taurine: a "very essential" amino acid. Mol Vis 2012;18:2673-86.

13.    Dalton K, Dalton MJ. Characteristics of pyridoxine overdose neuropathy syndrome. Acta Neurol Scand. 1987 Jul;76(1):8-11.

14.    Smriga M, Ando T, Akutsu M, Furukawa Y, Miwa K, Morinaga Y. Oral treatment with L-lysine and L-arginine reduces anxiety and basal cortisol levels in healthy humans. Biomed Res 2007 Apr;28(2):85-90.

 

 

 

 

 


Compléments alimentaires de magnésium : méfiez-vous des doses trop importantes de vitamine B6 !

On trouve couramment dans les compléments alimentaires de magnésium la présence de vitamine B6. En effet cette dernière agit, entre autres, comme fixatrice du magnésium.

Les quantités de vitamine B6 à employer doivent être des doses nutritionnelles (de 1 à 2mg/jour). Malheureusement, on trouve parfois des compléments avec des doses jusqu’à 30, 40, voire 120mg par jour !

Il s’agit là de doses trop importantes qui vont avoir des effets délétères. En effet ce surplus de vitamine B6 va engendrer une décarboxylation de la dopamine. La chute de ce neurotransmetteur va ainsi provoquer de la fatigue, ce qui est généralement tout sauf ce qui est recherché…

Ainsi, des produits tels Magné B6® (et ses génériques) ou MagnéVie B6® sont trop chargés en B6. Il convient donc de chercher un complément qui apporte entre 1 et 2mg de B6, additionné de taurine (qui permet la rétention intracellulaire du magnésium). Le choix du sel de magnésium aura également une grande importance : le chlorure et surtout le sulfate sont très laxatifs ; l’oxyde est généralement très moyennement toléré. Le carbonate est très faiblement absorbé. Les sels à privilégier sont le citrate (alcalinisant), le glycérophosphate (aucun effet secondaire au niveau digestif) et le bisglycinate (chélate, parfaitement absorbé et sans aucun effet secondaire).